Une rencontre, de visage à visage…

Dans mon ministère d’aumônier des prisons, des hôpitaux, je vis la grâce de belles rencontres. Vivre une relation, de visage à visage, ce n’est jamais un mouvement spontané… Oui, notre vrai visage peut se trouver caché, voilé, par une maladie, par un handicap, par les artifices de la cosmétique. Notre visage profond peut être invisible à autrui, si la relation est superficielle, distante.

Notre identité peut se trouver limitée, inaccessible, si nous n’arrivons pas à dépasser les masques, l’apparence, la superficialité… C’est dire qu’une relation, de visage à visage, cela se cultive tous les jours. Cela demande du travail, de l’énergie, peut-être par un cheminement avec des connaissances en sciences humaines, sociales ou politiques, pour lever ces verrous qui m’empêchent d’être en relation, de visage à visage, avec mon prochain. Dans une relation de visage à visage se joue une rencontre, une découverte entre deux êtres. Il se joue quelque chose, qui est de l’ordre de la fécondité.

Fécondité, car une vie commune, un vivre ensemble, un travail commun, une espérance commune peuvent advenir, grâce aux artisans de ces rencontres, de visage à visage.

Fécondité, car l’autre visage va révéler en moi, va faire grandir en moi, une autre identité.

Fécondité, car mon visage va révéler en lui, va faire grandir en lui, une autre identité.

Fécondité, car je serai aspiré par ce mouvement qui m’invite à ne pas passer outre, à ne pas détourner le regard, à ne pas fuir la rencontre véritable : de pupille à pupille, de conscience à conscience…

Fécondité, car dans mes rencontres, je vais découvrir l’indescriptible : ces visages multiples de Dieu.

Ce travail, ce dépassement du premier mouvement spontané, qui est celui de l’évitement, du rejet, il n’est pas sans rappeler, pour moi, ce regard de Jésus, omniprésent dans les Évangiles. Ceux que personne ne voit, ceux dont on pense qu’ils sont indignes d’un regard, de la compassion, de la communion avec Dieu, Jésus les regarde et entre dans une relation, un contact ou dans un dialogue. Jésus n’a jamais considéré que certains humains devaient rester « invisibles » , qu’un mur-physique, idéologique ou spirituel devait les séparer, ou que le croyant pouvait faire l’économie de la rencontre, de visage à visage.

L’Évangile porte d’innombrables traces de ces rencontres vraies, sans artifice, sans masque. ll dévoile cette Bonne Nouvelle qu’un face à face humain-divin est source de bénédictions. Dans ces rencontres, de visage à visage, chaque humain se découvre, se reconnaît, aimé et relié à Dieu.

Là où nous entrons en relation, là où nous prenons le risque de la relation, de visage à visage, se joue une relation qui a une saveur d’éternité, une saveur d’éternité et de compassion. Et, simultanément, il se joue également un dévoilement conjoint, permanent, de ma propre identité, et de celle de mon prochain. Ces rencontres, de visage à visage, sont

bénéfiques, fécondes. Elles sont à promouvoir, à soutenir, à travailler, à vivre, sans retenue, à la suite de Jésus !

Roland Laipe
écrit par l’aumônier de Beaucaire-Tarascon.