Quand on est en prison

Seigneur, quand on est en prison, on est rien.

Quand on est rien, on a envie de te parler

Mais quand on est rien, on ne pense à rien !

Alors, on ne dit rien !

Pardonne-moi, Seigneur,

si je n’ai rien, si c’est le vide,

 

le désert tout au fond de moi.

Mais ce rien, Seigneur,

je te l’offre tout de même

parce que c’est le mien.

Et puis, il pèse si lourd, mon rien.

C’est dur à porter seul, un rien.

Un rien qui me fait mal au cou,

un rien qui me brûle les yeux,

un rien qui me donne des sueurs froides,

un rien qui me donne mal au ventre,

un rien qui me scie les jambes,

un rien qui ne me rend pas du tout courageux,

un rien qui me rend bizarre,

un rien qui me rend la bouche pâteuse.

Ce rien, Seigneur, qui m’assomme,

prends-le pour me décharger.

Il est si lourd, ce rien !…

Fleury Mérogis

6 janvier 2009