Marc Rey, interview par Rose Marie Erb

Pour IDEA, rubrique CEDEF le 15 juillet 2009

Rose Marie ERB : Bonjour Marc, vous êtes pasteur d’une Église baptiste et, en plus, vous mettez les pieds en prison en tant qu’aumônier. Comment trouvez-vous le temps d’aller en prison ? Quel est votre secret ?

Marc REY : Il n’y a pas de secret ! Si l’on considère -en accord avec son Église- que ce ministère d’aumônier est une extension du ministère pastoral, alors il suffit de s’organiser. En moyenne, cela représente deux demi-journées par semaine dont un culte et des visites en cellule.

RME : Depuis quand êtes-vous Aumônier de prisons ? 

 Marc Rey : Cela fait 18 ans, depuis qu’une prison s’est construite dans notre ville en 1990.

Après un temps de « rodage », les aumôneries ont pu se mettre en place.

 RME : Comment votre Église, votre communauté baptiste, accepte-t-elle vos absences ?

Marc Rey : Sans problème puisqu’elle se rend compte de l’importance de ce ministère qu’elle soutient par la prière. Les nouvelles que je partage régulièrement avec elle suffisent à la motiver.

RME : Selon vous, à quoi sert la prison ?

M.R. : Á enfermer des gens, à les couper de la vie familiale et sociétale et à les punir. Pour la plupart des détenus, elle est un temps mort qu’il faut essayer de remplir s’ils ne veulent pas sombrer dans la dépression. Elle aide certainement à réfléchir mais ne donne pas les moyens de se réinsérer.

RME : Comment l’idée vous est-elle venue de demander un poste d’Aumônier des prisons ?

M.R. : Lorsqu’il a été question de construire une prison dans notre ville, les pasteurs de nos Églises protestantes se sont concertés. Deux d’entre eux dont moi-même se sont portés volontaires pour ce poste. Dès le départ, nous avons pu fonctionner en tandem, respectant ainsi nos sensibilités différentes.

RME : Quelles démarches avez-vous effectuées pour avoir votre agrément officiel ?

M.R. : Il a fallu passer par l’Aumônier régional qui a fait la demande au service Justice et Aumônerie des Prisons (JAP) de la Fédération Protestante de France (FPF). C’est ce service (JAP) qui a ensuite proposé ma candidature à l’Administration pénitentiaire qui l’a acceptée non sans avoir diligenté une enquête de police.

RME : Dites-nous comment se passe une journée en prison.

M.R. : le détenu est invité à se lever vers 7 heures. S’il travaille ou s’il a des activités comme un stage, du sport, un enseignement scolaire, etc., il est appelé pour s’y rendre jusque vers 11h30 où il rejoint ensuite sa cellule. Le repas est distribué dans les cellules vers midi. Même programme l’après-midi jusque 16h30. Le repas du soir est distribué à partir de 17h30. Pour ceux qui sont sans activité (les places étant très limitées), des promenades d’une heure et demie sont proposées le matin et l’après-midi. Le détenu peut être appelé à tout moment de la journée par son avocat pour un « parloir ». Un ou deux parloirs par semaine lui permettent de rencontrer sa famille. C’est généralement un temps très attendu.

RME : Y a-t-il des différences significatives entre votre travail de pasteur à l’extérieur et dans la prison ? Il y a certainement aussi des similitudes ?

M.R. : Dans le cadre de mon travail « en Église », ceux que je visite ne souffrent généralement pas d’enfermement ou d’une affaire grave qui les a placés en détention ! L’approche est donc différente, les besoins aussi. Cependant, il est important que l’aumônier voie en chaque détenu une personne que Dieu aime.

RME : Y a-t-il souvent des situations d’échecs à l’aumônerie des prisons ?

M.R. : Oui, inévitablement, les situations sont si complexes et si inextricables ! Un suicide en prison laisse toujours un sentiment d’échec. Lorsqu’un détenu récidive, il y a aussi le sentiment d’avoir servi à rien.

RME : Racontez-nous une « réussite » -si on peut dire !- dans votre ministère en prison.

M.R. : Lorsqu’un détenu, à la veille d’être libéré, me dit qu’il va se rendre dans une Église évangélique pour continuer son cheminement spirituel, il y a là, à mon sens, une vraie « réussite », si la promesse est suivie d’effet. Dieu seul connaît les cœurs mais j’éprouve une grande joie lorsqu’un détenu me remercie pour tout ce que j’ai pu lui apporter.

RME : Être aumônier des prisons, est-ce utile pour un pasteur évangélique ? Pouvez-vous dire un mot d’encouragement à vos confrères en faveur de ce ministère :

M.R. : Mes confrères savent combien leur place auprès des détenus est nécessaire, voire indispensable. Un pasteur est essentiellement une personne qui accompagne ceux qui souffrent et il y a tant de souffrance en prison ! Quand je rentre en prison, je pense souvent à ce verset de l’Apocalypse : J’ai mis devant toi une porte ouverte que nul ne peut fermer ! (Ap 3.8)

Le Seigneur nous précède toujours et c’est lui qui ouvre les cœurs à sa grâce.

RME : Vous avez un engagement fort à l’Aumônerie des prisons. Pour preuve, vous venez de sortir un livre : « Le pasteur et le prisonnier » édité chez Excelsis, disponible dans les librairies chrétiennes. Merci à vous, Marc, pour avoir répondu à mes questions et bravo pour votre livre !

08 octobre 2009