Le petit mot sur la table

Capture d’écran 2015-12-11 à 19.40.28.pngCela fait 6 ans que j’ouvre des cellules et que je vois la misère d’un monde où le péché, sous toutes ses formes, se manifeste. C’est aussi dans ces lieux-ci que je peux apercevoir la grâce de Dieu surabonder merveilleusement.

Il est en mandat de dépôt (donc incarcéré) depuis 1 an environ; ce qui lui est reproché, c’est d’avoir mis le feu à la maison alors que son amie, ivre, y était encore… Elle est décédée. Est-il coupable? C’est impossible à envisager pour lui. Et quand il en parle, les larmes coulent et il m’est difficile de voir chez cet homme un meurtrier, mais…

L’alcool a fait partie de leur vie, comme tant de personnes autour de nous, mais pour eux il allait les amener à cette fatalité. Je l’ai rencontré pour la première fois lors d’un culte à la prison. On voyait les traces d’alcool sur son visage, ressemblant à ces clochards qu’on rencontre dans la rue. Je n’ai pas fait cas de lui, et je dirais même que je l’ai ignoré quelque peu. Et puis, je ne l’ai plus vu pendant quelque temps, étant donné que mon collègue prenait la relève des «services».

J’ai voulu lui rendre visite en cellule, mais il n’était pas présent. J’ai donc laissé un petit mot d’encouragement, et 6 mois plus tard, nos pas se sont à nouveau croisés. Il avait changé. Sur son visage, avec le temps, certains traits s’étaient quelque peu effacés. Il me dit: «Thierry, j’aimerais te lire un petit mot qui a transformé ma vie». Et le voilà qui lit le courrier que j’avais laissé sur sa table de cellule 6 mois plus tôt!

Depuis, je lui ai demandé de me rédiger ce qu’il m’avait partagé, et cela, pour vous, chers amis lecteurs, afin de ne pas angéliser ses propos et pour que vous sachiez ce que Jésus peut faire aujourd’hui encore, envers le plus vil des pécheurs.

Dieu sauve les hommes perdus.

C’était l’heure de la promenade, dans la cour de la prison X et moi j’allais, tête basse, la conscience chargée de mon lourd passé. On se sentait seul, abandonné, redoutant une condamnation sévère. À la fin de la promenade, nous sommes rentrés en cellule quand tout à coup j’aperçus sur notre table un petit mot du pasteur (T). Nous avons lu et tout nous est paru nouveau. Il était question d’amour, de sacrifice, de salut envers le Seigneur Jésus. Ce mot ou du moins ce message était bien pour nous. Il s’adressait à des pécheurs coupables, non seulement devant les hommes, mais d’abord et surtout devant Dieu.

Nous n’avons pas réfléchi longtemps à cela, nous avons pensé au jugement de l’homme qui ne pouvait échapper au jugement de Dieu. Mais Christ sur la croix avait obtenu le pardon pour les hommes. Tout seul, dans notre cellule je relus plusieurs fois ce mot ou du moins ce message qui était sur notre table. Ce qui me conduisit à la connaissance de Dieu, au Sauveur et à la paix qu’il donne à ceux qui se confient en lui. Voici en quelque sorte une histoire d’un message qui nous dirige sur le chemin de la vérité, le chemin qui mène vers Dieu notre Père.

Son vocabulaire peut impressionner quelque peu, il faut dire qu’il est le fruit de ces regards constamment plongés dans la Parole de Dieu. Mais – et je crois qu’on approche le début du cheminement de cet homme vers Dieu – il a depuis son plus jeune âge été en contact avec des chrétiens, qui par un mot ou un geste ont toujours manifesté l’amour du Christ, sans le juger.

Le Seigneur nous dit que même un verre d’eau donné à l’un de ces plus petits sera récompensé. Frère et sœur en Christ, n’oubliez pas de donner des verres d’eau, même à ceux qui attirent le moins votre regard, et… par ce verre vous pourrez aussi les amener sur le chemin de la vérité qui les mènera vers Dieu notre Père.

Thierry Hirschy

pasteur, aumônier, membre du comité de la CEDEF