Je suis ici à cause de Dieu

C’était juste après un culte protestant à la Maison d’Arrêt des Femmes (M.A.F.) de Fleury-Mérogis. Pendant que les femmes commencent à regagner leurs cellules, je range la salle polyvalente de l’aumônerie.

Je remarque alors une femme qui reste agenouillée, dans un coin, comme perdue, pleurant doucement… C’est Laura, une détenue arrivante. Je m’approche et je lui demande si je peux faire quelque chose pour elle.

« Mais je suis ici à cause de Dieu » me répond-elle à plusieurs reprises.

A dire vrai, je n’y comprends rien – mais elle finit par me raconter…

 « Je vivais à Kinshasa. Tous les jours, j’allais prier dans mon église afin de pouvoir rejoindre mon ami en Belgique. Je priais et j’espérais que Dieu allait m’ouvrir une porte, faire un miracle, mais rien. Puis, un jour, pendant que je priais, une femme a mis sa main sur mon épaule et m’a dit : Ma fille, ta prière est exaucée. Tu vas aller rejoindre ton chéri en Belgique ». Je me suis levée, j’ai sauté de joie en remerciant Dieu. La « sœur » m’a ensuite remis une petite valise, un passeport et un billet d’avion… et maintenant je me retrouve ici, enfermée en prison. Dieu m’a abandonnée » – sa voix se brouille. Elle pleure maintenant pour de bon.

« C’est à cause de Dieu que je suis ici ! Je l’ai prié tous les jours et voilà ce qui m’arrive : je me suis fait arrêter à la douane à l’aéroport ». Elle a un peu l’air d’une fille de la campagne, simple, naïve… Je la questionne : « Vous n’avez pas parlé à votre pasteur avant de partir ? »

« Mais si, répond-elle, il était content que je puisse enfin partir… ». Quand elle me demande de prier pour elle, je ne sais plus trop quoi dire….

En rentrant à Paris, au volant de ma voiture, je pense encore à elle. Je prie. Je me rends compte que je suis en train de dire à Dieu que je ne trouve pas sympa de sa part de laisser s’embarquer ainsi cette petite campagnarde, dans son ignorance, sans la prévenir. Je pense encore à elle à plusieurs reprises au cours de la semaine… Petit à petit, c’est un peu comme si Dieu me faisait comprendre qu’il l’avait quand même avertie, comme d’autres, en rêve…

La semaine suivante, avant le culte, je la fais appeler pour un entretien. Je prends de ses nouvelles et lui demande des précisions au sujet de son départ. J’apprends qu’elle avait logé une nuit à l’hôtel et je lui demande :

-« Vous avez eu un rêve avant de partir ? »

– « Un rêve ? Comment vous le savez ? » s’écrie-t-elle.

-« C’est en priant que j’ai cru comprendre ça ».

– « Ah oui, j’ai fait un cauchemar atroce, la valise s’était ouverte et des méchants reptiles et des scorpions en sortaient pour venir me mordre. C’était affreux ».

-Et vous n’avez pas pensé que Dieu vous prévenait de cette façon ?

-J’ai fouillé la valise, mais il n’y avait dedans que des légumes… je n’ai pas su qu’il y avait un double fond… »

Laura est bousculée et interpellée. Elle reconnaît : « Dieu m’avait prévenu et il vous l’a dit. Il ne m’avait donc pas abandonné, mon papa du ciel ! Oh merci, mon Dieu ! » Et sa prière de louange s’élance vers le ciel jusqu’à l’arrivée des autres détenues qui nous rejoignent pour le culte.

Rose-Marie Erb

06 janvier 2009