Je suis entrée en prison à reculons

Il y a environ vingt ans, à l’heure où notre Alliance se préoccupait d’établir la « Commission d’Entraide auprès des Détenus Et de leurs Familles » (CEDEF) et d’en dessiner les responsabilités, la Commission « Justice et Aumônerie des Prisons » (JAP) de la Fédération Protestante cherchait à remplacer le seul aumônier alors affecté aux six bâtiments des hommes de la plus grande prison de France à Fleury-Mérogis (5000 détenus).

Comme le travail était trop lourd pour un seul pasteur, une équipe d’aumôniers devait prendre le relais. La JAP a alors demandé à la CEDEF de se charger du recrutement de cette équipe.

 La CEDEF a mis un certain temps à recruter les aumôniers dont elle avait besoin pour répondre à ce défi. A ce moment là, nos milieux évangéliques n’appréciaient pas forcément semblable ministère « social » et manquaient de connaissances sur le sujet malgré les sessions de sensibilisation que nous avions organisé.

Depuis de nombreuses années déjà, j’avais un fardeau de prière pour les détenu(e)s mais je n’avais jamais pensé que je pourrai entrer moi-même un jour en prison… Directrice des foyers éducatifs de « La Bienvenue » à Paris et militante dans plusieurs autres associations, j’étais parvenue, au niveau activités, à un point de saturation qu’il me semblait ne pas pouvoir dépasser. Cependant, mes amis de la CEDEF me sollicitaient largement pour que j’accepte un poste d’aumônier à la prison et, un jour, tandis que je priais afin de trouver les personnes nécessaires pour mener à bien cette action, j’ai eu le sentiment que Dieu me regardait. J’avais comme l’impression que c’était pour moi, que je devais y aller… En fait, je me sentais déjà en train d’y aller mais… à reculons : peur de ce milieu difficile, peur de l’inconnu.

Quelques jours avant ma première intervention à la Maison d’Arrêt des Femmes, je me posais toujours les mêmes questions : que leur dire ? comment procéder pour ne pas les choquer ? comment leur présenter le message de l’évangile ? La veille du jour J, j’ai téléphoné à ma mère et lui ai parlé de mon embarras. Elle m’a alors raconté l’histoire d’un aumônier qui s’était débattu avec les mêmes questions que moi : « Arrivé à la prison, réfléchissant sans cesse au message à donner, en montant les marches du grand escalier d’entrée, il a brusquement glissé et a perdu l’équilibre, ne pouvant se remettre debout qu’avec l’aide de deux surveillants accourus à son secours. Pendant cet incident, raconte-t-il, j’ai trouvé mon message : on peut tomber tout seul mais, quand on s’est bien étalé, on a besoin d’aide pour se relever. Voilà la base de mon action parmi les détenus : les aider à se remettre debout ».

Même si je suis allée en prison à reculons, je ne suis pas tombée (!) mais cette histoire m’a fortement inspiré dans la durée chaque semaine depuis vingt ans quand je rencontre les détenues au culte ou individuellement.

A propos : il reste encore des postes d’aumôniers à pourvoir dans plusieurs prisons en France.

Rose-Marie Erb Aumônier

6 janvier 2009