Dieu derrière les barreaux

C’était pendant le culte hebdomadaire à la Maison d’Arrêt des Femmes (MAF) à Fleury-Mérogis en région parisienne. Une vingtaine de détenues de tous horizons sont venues pour chanter des gospels, accompagnés à la guitare, et écouter la Parole de Dieu. Ce jour là, suite à quelques questions posées récemment, je dois leur apporter une étude concernant la signification du repas du Seigneur et sa place dans le culte protestant. Je suis donc amenée à leur parler de l’œuvre de rédemption de Jésus et de sa crucifixion : son corps donné, son sang versé pour nos péchés. Résultat : la grâce et le pardon de Dieu sont maintenant accessibles à tout pécheur ou pécheresse qui le demande. Et j’ajoute, en faisant un grand geste de la main : « Même si votre dossier fait deux mètres de haut, c’est encore possible, vous pouvez être pardonnées ».

J’allais partir sur la valeur du souvenir quand, derrière moi, j’entends une voix rauque : « C’est aussi pour moi ? Parce que je suis musulmane et j’ai fait beaucoup de choses… ». Je me retourne, regarde en direction de la voix, hésite un instant (mais il me semble clair que l’offre du pardon de Jésus s’adresse à tous sans distinction) et réponds à la femme : « Oui, c’est pour vous aussi : vous pouvez être pardonnée ».

Et me voilà repartie dans des explications sur « vous ferez cela en mémoire de moi… » mais je suis interrompue par des sanglots de plus en plus forts qui envahissent la salle de l’aumônerie. Je vais vers cette femme totalement bouleversée par le pardon qui vient de lui être annoncé. En tant que musulmane, elle n’a pas dû entendre souvent le mot ‘pardon’ tout au long de sa vie. Cette brebis semble saisir la chance de sa vie en recevant le pardon du Bon Berger. Les autres femmes sont également émues. Ensemble, nous prions avec et pour elle. Puis, c’est la bénédiction et déjà la surveillante de la prison fait signe qu’il faut que les détenues regagnent leurs cellules.

Un court entretien avec la détenue qui sèche toujours ses larmes m’apprend qu’elle s’appelle Sheraz et qu’elle est d’origine iranienne. J’entrevois comme une lueur d’espérance sur son visage marqué, vieilli prématurément. Elle veut revenir au prochain culte et demande à être inscrite sur la liste. Or, la semaine suivante, Sheraz n’est pas là. Je me renseigne : en mauvaise santé, elle a été transférée à la section médicalisée puis, un matin, elle ne s’est pas réveillée…

A la fin du culte, Elisabeth, son ancienne co-cellulaire me demande un entretien individuel. Je sais qu’elle n’a pas bon moral. Il y a plusieurs semaines qu’elle a terminé sa peine mais, à cause d’une histoire de douanes à payer, elle est toujours derrière les barreaux. Elle crie son désespoir : « Madame Erb, Dieu m’a vraiment oublié ici : il ne m’aime plus. Pourtant, j’essaie de prier et tout et tout… Je n’en peux plus ». Alors, je lui pose la question : « N’est-ce pas vous qui avez amené Sheraz au culte ? » Elle acquiesce : « Oui, elle n’allait pas bien et j’ai pensé que cela l’aiderait ». Ma réponse l’apaise : « Vous lui avez rendu un grand service car elle a pu recevoir le pardon de Dieu peu avant sa mort. Et quand ce sera votre tour de rencontrer Dieu, elle fera sûrement partie du comité d’accueil là-haut et elle dira au Seigneur :’Tu vois, c’est cette femme-là qui m’ amené au culte où j’ai entendu parler de toi, de ton salut et de ton pardon’. Je pense que c’est Dieu qui a permis que vous restiez en prison pour permettre à Shéraz d’être sauvée ». Elisabeth ouvre de grands yeux et s’exclame : « Oh ! si c’est pour çà, alors, oui, çà valait la peine de rester encore un an en prison ». Peu après, Elisabeth a été libérée et rapatriée dans son pays d’origine.

Rose-Marie Erb

01/05/2007