De la religion en prison

Ces chemins en prison qui mènent aux religions

C’est un fait : la religion en prison prospère davantage que dans le reste de la société. Faut-il craindre des radicalisations ? Le regard de trois sociologues.

C.Béraud, C. de Galembert et C. Rostaing,

1457946315De la religion en prison ,PUR, 360 p, 20 €. Cette bonne santé des cultes à l’intérieur des maisons d’arrêt et centres de détention est-elle seulement le fait de l’islam ? Autre interrogation apparue avec les attentats : la pratique de la religion en prison favorise-t-elle la radicalisation religieuse et par ricochet le terrorisme ?« La hantise de la radicalisation tend à conférer au problème religieux une importance qui paraît disproportionnée à de nombreux cadres pénitentiaires avec lesquels nous nous sommes entretenus » ,observent Céline Béraud, Claire de Galembert et Corinne Rostaing, trois sociologues qui ont mené une étude durant deux ans. Hantise disproportionnée car les motivations des détenus croyants – beaucoup ne le sont pas – peuvent être diverses :« Une manière d’améliorer l’ordinaire de la détention, un petit supplément d’âme bienvenu » pour affronter l’incarcération ou« une voie de rédemption », notent les trois chercheurs. Pour certains, la pratique religieuse apportera« une certaine paix de l’esprit, le calme et le self-control ». D’autres pouvant être pris pour cibles par d’autres détenus, y auront recours comme moyen de protection.« Si tu viens à l’islam […]tu seras protégé », explique ainsi un détenu musulman à Didier, condamné pour une affaire de mœurs. Mais la religion en prison ne se résume pas à l’islam. L’administration pénitentiaire a pris cette question à bras-le-corps. Le nombre d’aumôniers a ainsi augmenté : 638 en 1995, 1 628 en 2015. Si les aumôniers catholiques restent largement majoritaires, aux côtés des protestants, des aumôniers bouddhistes, orthodoxes et tout récemment témoins de Jéhovah sont aussi apparus. Rien d’étonnant pour les auteurs que la religion prospère« là où croît la désespérance. Pour le meilleur, lorsqu’elle ouvre à des parcours de réinsertion ou pour le pire lorsqu’elle se transforme en utopies religieuses dévastatrices ».

Pierrick BAUDAIS.

Article issu de l’édition de Lannion-Paimpol du mardi 5 juillet 2016

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