Albi. «Je rêvais d’écrire sur la prison de Monaco»

201306091518-full«Un jour, j’ai entendu le nom de la prison de Monaco et ça a fait tilt. On ne soupçonne même pas qu’il y ait une prison en principauté, c’est justement ce contraste qui m’a tenté. Je voulais écrire sur cette prison.» Voilà comment, en 2001, Corinne Héron-Mimouni, surveillante à la maison d’arrêt d’Albi et écrivaine en dehors, a fait «une demande en bonne et due forme» à son administration pour aller visiter la prison de Monaco. «C’est très propre, et c’est une forteresse.»

Une forteresse dont a pourtant réussi à s’échapper un braqueur italien, en 2003, avec un codétenu américain qui avait profité de l’aubaine. C’est cette évasion rocambolesque que raconte dans un livre l’évadé, Luigi Ciardelli, auquel Corinne Héron-Mimouni a prêté sa plume (1).

«Quand je suis tombée sur son histoire, j’ai essayé d’entrer en contact avec lui sur internet. À ma grande surprise, il m’a répondu 10 minutes après mon message.» Voilà comment ce projet de livre est né et a mûri pendant 2 ans. L’Albigeoise a fait le voyage jusqu’en Toscane pour recueillir le récit de Luigi Ciardelli, 56 ans dont 22 ans passés dans les geôles. Mais son séjour à la prison de Monaco aura été très court. «Au printemps 2002, après un séjour en prison en France, il devait être extradé en Italie. Là-bas, il avait encore 8 ans à purger. Mais avant la frontière, le véhicule de l’escorte a bifurqué vers Monaco.»

Un sentiment d’injustice a nourri ce projet d’évasion

La justice monégasque le soupçonnait d’un vol à main armée commis dans une pharmacie, faits qu’il n’a jamais reconnus. «Ciardelli n’a jamais accepté qu’on lui fasse ce coup. Son esprit a trouvé une porte des sortie à ce sentiment d’injustice. Il s’est fait un devoir de s’échapper de Monaco.»

Il parviendra à ses fins, en janvier 2003, en sautant depuis «la cellule la mieux positionnée de la prison, qui n’est qu’à 8 mètres du sol. Il avait fabriqué une corde avec des sacs-poubelles et quelqu’un, au parloir, lui avait glissé une scie dans un bouquin. Son évasion est une vraie aventure. Rien n’est romancé et à chaque fois, il m’a fourni des documents pour étayer son récit», souligne Corinne Héron-Mimouni. L’ex «prisonnier du rocher» sera repris 2 mois plus tard à Pise… où il s’était fait passer pour un professeur de philo. L’huissier de la faculté l’avait pris pour un ancien des Brigades rouges ! «J’ai adoré ce projet, C’était proche du roman d’aventures. Et puis, Ciardelli n’a pas de sang sur les mains», souligne l’Albigeoise.

 (1) «Prisonnier du rocher», de Luigi Ciardelli, écrit avec Corinne héron-Mimouni, éditions Jacob-Duvernet. En librairie depuis le 5 mai.

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